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Les sous-titres ont été pensés pour la traduction, pas pour l’accessibilité

Publié le 02 juin 2026

On pourrait croire que les sous-titres sont une réponse évidente aux enjeux d’accessibilité. Après tout, ils sont là, bien visibles à l’écran. Il suffit de lire, non ? En réalité, les choses sont un peu plus compliquées.

Car les sous-titres que l’on voit le plus souvent au cinéma, c’est-à-dire ceux des films en version originale n’ont pas été pensés, à l’origine, pour les personnes sourdes et malentendantes. Ils servent avant tout à traduire une langue étrangère. Autrement dit : ils aident à comprendre… quand on ne parle pas la langue du film.

Ce qui laisse de côté une situation assez paradoxale : que se passe-t-il quand le film est dans notre langue, mais que nous ne pouvons pas l’entendre correctement ? Car en France comme ailleurs, les films français sont rarement diffusés avec des sous-titres français adaptés aux personnes sourdes et malentendantes.

Retrouvez le témoignage en LSF de Guillaume ci-dessous :

Plus facile de suivre un film anglais ou coréen qu’un film français

C’est de là qu’est née l’idée du collectif : les films français devraient être sous-titrés en français.

Car aujourd’hui, dans la plupart des cinémas ou des festivals de films, les seules séances réellement “accessibles” sont celles des films étrangers sous-titrés (quand ils ne sont pas doublés). Pour ces films, plusieurs versions sont diffusées : une version doublée en français (VF), et une version originale avec sous-titres (VOSTFR).

Mais pour les films francophones, cette option (VFSTFR) disparaît presque complètement. Résultat : il devient parfois plus facile de suivre un film en langue étrangère… qu’un film dans sa propre langue.

L’accessibilité des films français au cinéma

Je suis moi-même Sourde. Je me souviens d’une séance en particulier. J’avais envie d’aller voir un film français au cinéma. Sauf qu’aucune séance n’était proposée avec des sous-titres. J’y suis quand même allée en me disant que je comprendrais un peu. Mais je n’ai rien compris. Pourtant, je porte des appareils auditifs. Le français est ma langue maternelle. Mais entre les dialogues rapides, la musique, les effets sonores, et surtout les acteurs qui ne regardent pas la caméra en gros plan, tout se mélange. Et sans sous-titres, il ne reste plus grand-chose à quoi s’accrocher. Cela laisse un sentiment de frustration énorme.

Dans ces cas-là, il ne reste souvent qu’une solution : attendre la sortie en streaming ou même le DVD. Bref, un moment où le film devient enfin accessible, mais à la maison.

Même lorsque des sous-titres sont annoncés, il arrive parfois qu’un film indiqué en version originale sous-titrée soit en réalité bilingue en français. Certaines scènes ne sont alors pas sous-titrées, parce que le public est censé comprendre la langue parlée.

Maude, autre membre du collectif, raconte une expérience proche. Sourde de naissance, appareillée et passionnée de cinéma, elle explique avoir longtemps privilégié les films étrangers au cinéma, simplement parce qu’ils étaient sous-titrés.

“Mais mes collègues et amis, en général, vont d’abord voir les films français. Tout à leur honneur, soutenons notre 7ème Art. Mais… faute de sous-titres sur les films français, je me mets, malgré moi, en retard sur les dernières sorties. C’est un problème. Les discussions sont moins fluides avec les collègues, je n’ai pas encore vu le film, je ne sais pas de quoi ils parlent”.

Elle découvre donc parfois les films des semaines ou des mois plus tard, lorsqu’ils deviennent enfin accessibles. “On finit par se sentir exclue une deuxième fois”, résume-t-elle.

Les films francophones sous-titrés en anglais

Et puis, il y a les cas où les films français sont sous-titrés en anglais. Cela est logique : rendre un film accessible à un public non francophone. C’est notamment le cas dans les festivals internationaux.

À Bruxelles où j’habite, région bilingue s’il en est, certains diffusent ainsi des films francophones uniquement sous-titrés en anglais, bien qu’en France, ils proposent des films VFSTFR. Je comprends suffisamment l’anglais pour suivre un film. Mais pas au point de me reposer uniquement dessus. Concrètement, cela signifie passer toute une projection à traduire les sous-titres, avec à la fin, l’impression d’avoir suivi le film sans vraiment profiter de la séance. De plus, comme le souligne Arnaud :

“L’argument de la contrainte touristique pour justifier les sous-titres en anglais (...) est incohérent lorsqu’on voit que toute la présentation de la séance ainsi que les échanges ont lieu en français. Soit on met tout en anglais, soit tout en français pour rester cohérent”.

Maude raconte également regarder parfois des programmes français sous-titrés en anglais, notamment à la télévision. “Ce n’est pas parfait, mais c’est mieux que rien”. Les sous-titres permettent au moins de garder le fil, de réduire la fatigue et d’éviter cette sensation d’être laissée de côté.

Ce paradoxe revient souvent dans nos témoignages : faute de sous-titres en français, certaines personnes préfèrent encore des sous-titres en anglais plutôt que pas de sous-titres du tout. Mais il faut aussi rappeler une chose : nous avons toutes les deux une bonne compréhension de l’anglais. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Par exemple, Arnaud avait un jour proposé à des amis sourds d’aller voir un festival avec des sous-titres anglais.

“Mais ils ne pouvaient pas car ils ne maîtrisent pas l’anglais. Au final, je ne suis pas allé sur place. Ce festival aurait pu gagner 4 personnes avec des sous-titres en français”.

Pour beaucoup de personnes sourdes, suivre un film entier dans une langue étrangère représente une difficulté supplémentaire, voire un obstacle total.

Au fond, tout le paradoxe est là : les sous-titres existent déjà partout… mais pas toujours dans la langue dont on a besoin.

Que dit la loi française ?

En théorie, les salles de cinéma sont soumises à la loi Handicap de 2005 sur l’accessibilité des établissements recevant du public. Mais rendre un bâtiment accessible ne garantit pas forcément l’accès aux œuvres elles-mêmes.

Cependant la plupart des films français possèdent déjà un fichier de sous-titrage. En France, depuis 2020, les producteurs doivent même en créer un pour obtenir l’agrément du CNC . Le problème, aujourd’hui, n’est donc pas toujours l’absence de sous-titres… mais le fait qu’ils soient encore trop rarement diffusés ou signalés en salle.

Quelles solutions ?

Pourtant, les solutions existent déjà, et elles sont souvent plus simples qu’on ne l’imagine : généraliser les sous-titres en français pour les films francophones, comme le dit Guillaume dans son témoignage.

Pour les sous-titres dans plusieurs langues (en français et/ou en anglais pour les personnes non-francophones), des solutions sont de proposer plusieurs séances d’un même film (pour diffuser plusieurs versions), ou encore utiliser des doubles sous-titres (comme en Belgique ou en Suisse).

Selon Maude :

“Heureusement, peu à peu, les salles de cinéma proposent de temps en temps des films en VFTSFR. Des films français, sous-titrés en français. Quel plaisir de voir que ces salles… sont souvent pleines à craquer. La VFSTFR attire, donc. N’est-ce pas rassurant pour les distributeurs ? Les exploitants ? Les producteurs ?”

Au fond, ces solutions existent déjà. Elles ne demandent pas de réinventer le cinéma. Elles demandent simplement de passer d’une logique d’exception “une séance accessible de temps en temps” à une logique de norme : un accès possible à tous, sans que des personnes ne doivent vérifier l’accessibilité d’un film.

Comme le dit si bien Maude :

“La grande force du handicap, c’est de positiver. N’ayez pas peur de sous-titrer vos films, cela profite à tout le monde, et rendons ce monde un peu plus inclusif et bienveillant”.


Ecrit par Hélène, avec les témoignages de Maude, Arnaud et Guillaume.