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Accessibilité dans la culture : et si on passait du "ce n’est pas mon problème" au "par où commencer" ?

Publié le 09 mars 2026

Dans le secteur culturel, l’accessibilité est encore trop souvent perçue comme optionnelle. Pourtant, ne rien prévoir n’est jamais neutre : c’est maintenir un monde qui exclut sans le dire.

Entre la volonté affichée d’inclusion et la réalité vécue sur le terrain, le fossé reste grand pour les personnes sourdes et malentendantes. L’accès à la culture, pourtant droit fondamental, se heurte encore trop souvent à un manque d’outils, d’information ou simplement d’attention. Alors, comment les acteurs culturels peuvent-ils devenir des alliés concrets de l’inclusion ?

1/ Ce que vit concrètement une personne sourde ou malentendante dans votre festival

Imaginez : vous arrivez à l’accueil d’un festival sans savoir si des dispositifs d’accessibilité existent. Les bénévoles sont souriants, mais personne ne sait répondre précisément.

Une heure plus tard, une conférence démarre : pas d’interprète, pas de sous-titres. Vous regardez les lèvres de la personne intervenante, essayez de deviner, puis décrochez. Le soir, vous rentrez, frustré·e. Vous ne reviendrez sans doute pas demain.

Ces anecdotes, les membres du collectif Silence On Grimpe les ont vécues plus d’une fois. Pour beaucoup de personnes sourdes et malentendantes, l’inclusion demeure encore l’exception plutôt que la norme — dépendant parfois d’un simple sous-titre ajouté, de la présence d’un·e interprète, ou d’une information rendue visible.

C’est ce que produit, dans les faits, l’absence d’un dispositif adapté : de l’exclusion, parfois invisible, toujours évitable.

2/ "Ce n'est pas mon problème" : pourquoi cette posture a un coût

Pourtant, au fil de nos discussions pour faire avancer les choses avec des diffuseurs, partenaires ou organisateurs, une phrase revient de temps en temps : « ce n’est pas mon problème ». 

Mais ne pas prévoir l’accessibilité, c’est laisser le monde tel qu’il est — un monde qui favorise celles et ceux qui y circulent sans entrave. C’est un choix qui a des conséquences : un public qui se sent exclu, une réputation qui s’abîme, et souvent, une opportunité manquée de faire réellement vivre la promesse culturelle d’ouverture. 

D’un point de vue purement pragmatique, un festival inaccessible perd une part de son public potentiel et de sa crédibilité. Dans un monde où la responsabilité sociale devient un critère de reconnaissance, ignorer ce sujet coûte plus cher, à long terme, que d’y consacrer un budget minimal.

L’accessibilité n’est pas une contrainte : c’est une extension de ce que devrait être la culture, un espace ouvert à tous et toutes.

Par ailleurs, le droit de participer à la vie culturelle est reconnue légalement :

  • par l’article 30 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) de l'ONU. Cette convention est ratifiée autant en Belgique qu’en France ;
  • dans la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapée, et le Préambule de la Constitution de 1946 (alinéa 11) en France ;
  • dans les articles art 22ter et 23 al,3 5° de la Constitution en Belgique.

3/ Ce que "accessible" veut dire en pratique (et ce que ça coûte vraiment)

La bonne nouvelle, c’est que rendre un événement accessible, ce n’est pas tout refaire. Souvent, c’est une affaire d’anticipation et de bonnes pratiques. 

L’inclusion devient la norme lorsque certaines décisions sont prises en amont. Voici quatre leviers concrets, testés et accessibles :

  1. Sous-titrage. Prévoir des sous-titres pour les vidéos : cela se planifie dès la postproduction. Des outils automatiques et abordables existent aujourd’hui, assortis d’une simple relecture humaine pour fiabiliser le rendu.
  2. Interprétation en LSF. Trouver un·e interprète se fait aisément via les réseaux professionnels ; les tarifs sont raisonnables rapportés à l’impact. Pour des discussions ou remises de prix, cela change tout.
  3. Boucles magnétiques. Ce système permet aux personnes appareillées d’entendre clairement malgré le bruit ambiant. Faciles à louer, elles s’installent en priorité dans les salles de conférences ou d’accueil.
  4. Communication. Le geste le plus simple — et souvent le plus oublié — consiste à annoncer les dispositifs existants sur tous les supports de communication (site internet, affiches, réseaux sociaux). C’est gratuit, mais crucial pour que le public concerné ose venir.

Autrement dit : certaines actions demandent peu de moyens (signalétique, communication) ; d’autres un peu de planification (interprétation, équipement). Mais toutes ont une valeur symbolique et pratique forte : celle d’un espace réellement ouvert pour les personnes sourdes et malentendantes.

4/ Ces festivals l'ont fait, et ça a changé quelque chose !

  • Le Festival Femmes en Montagne (100% sous-titré + 100% LSF + 100% Sous-titrage en direct pour les échanges)
  • Festival V'allons en Montagne (100% sous-titré)
  • Camp de base Allibert (100% sous-titré)
  • Festival du Film d'Aventure de la Réunion (partiellement sous-titré + LSF partiel pour les échanges)
  • Curieux Voyageurs (partiellement sous-titré + LSF partiel pour les échanges)
  • Coupe Icare (partiellement sous-titré + LSF partiel pour les échanges)
  • Chamonix Film Festival (partiellement sous-titré)
  • Festival International du Film d'Aventure de Paris (partiellement sous-titré)
  • Rencontres de la Cinémathèque de Montagne (partiellement sous-titré)
  • IF3 (partiellement sous-titré)
  • What a trip (partiellement sous-titré)

 5/ SOG vous accompagne

Vous ne savez pas par où commencer ? Le collectif Silence On Grimpe accompagne festivals et structures culturelles dans cette transition.
Conseils personnalisés, mise en relation avec des interprètes, relecture de vos supports de communication — nous mettons la main à la pâte à vos côtés.

Contactez-nous : contact@silenceongrimpe.fr

La justice et l’inclusion ne progressent jamais par hasard. Elles avancent parce que certaines personnes refusent l’immobilisme et décident que l’exclusion n’est plus acceptable comme norme implicite. 

Dans la culture comme ailleurs, chaque choix compte : un sous-titre ajouté, une information rendue visible, une interprétation prévue. Ce sont parfois de petits ajustements techniques, mais toujours de grands gestes symboliques.

Passer de « ce n’est pas mon problème » à « par où commencer » n’est pas seulement une question d’organisation. C’est un changement de regard, une responsabilité collective.